L’apport protéique est un des leviers nutritionnels les plus mal compris : sous-évalué chez la majorité des sédentaires, et inutilement surdosé chez beaucoup de pratiquants de musculation. Voici la vraie quantité dont vous avez besoin selon votre profil, calculs à l’appui et sourcés.
À retenir
- Adulte sédentaire : 0,8 à 1 g/kg/jour (ANSES). Pour 70 kg = 56-70 g de protéines/jour.
- Sportif d’endurance : 1,2 à 1,4 g/kg/jour.
- Musculation / hypertrophie : 1,6 à 2,2 g/kg/jour — au-delà, pas de bénéfice supplémentaire pour la prise de muscle (méta-analyse Morton 2018).
- Sèche / perte de poids : visez le haut de la fourchette (2-2,4 g/kg) pour préserver la masse musculaire.
- Senior >65 ans : 1,2 à 1,5 g/kg/jour pour prévenir la sarcopénie.
- Répartition optimale : 20-40 g de protéines par repas, sur 4 prises (effet seuil de la stimulation musculaire).
Pourquoi tant de gens se trompent

Deux camps se font face :
- Les sédentaires et les médias grand public : « 0,8 g/kg suffit, vous mangez déjà trop de protéines ». Vrai pour le minimum vital, mais sous-optimal pour la santé musculaire à long terme.
- Les forums musculation : « 3 g/kg minimum pour grossir, sinon vous gâchez vos efforts ». Faux — les méta-analyses montrent un plateau à 1,6-2,2 g/kg.
La vérité est entre les deux, et dépend de votre objectif et de votre activité.
La formule selon votre profil
| Profil | Apport recommandé | Pour 70 kg |
|---|---|---|
| Adulte sédentaire en bonne santé | 0,8 – 1 g/kg/jour | 56-70 g |
| Sportif loisir (3-5 h/sem) | 1 – 1,4 g/kg/jour | 70-98 g |
| Sportif d’endurance (running, vélo, triathlon) | 1,2 – 1,4 g/kg/jour | 84-98 g |
| Musculation / hypertrophie | 1,6 – 2,2 g/kg/jour | 112-154 g |
| Sèche / perte de poids (régime hypocalorique) | 1,8 – 2,4 g/kg/jour | 126-168 g |
| Senior >65 ans | 1,2 – 1,5 g/kg/jour | 84-105 g |
| Femme enceinte (2e/3e trimestre) | +25 g sur le besoin de base | +25 g |
| Allaitante | +20 g sur le besoin de base | +20 g |
Calcul rapide : `votre poids en kg × multiplicateur du tableau`. Pour la sèche, prenez votre poids cible, pas votre poids actuel s’il y a un fort surpoids.
Pourquoi tant chez le sportif ?

L’effort physique crée des microlésions musculaires. Les protéines fournissent les acides aminés nécessaires à la réparation et à la synthèse de nouvelles fibres musculaires (synthèse protéique musculaire ou MPS).
Études clés :
- Morton et al, Br J Sports Med 2018 (méta-analyse de 49 études, n=1 863) : la prise de muscle plafonne à 1,62 g/kg/jour [1]. Au-delà, le gain est marginal.
- Phillips et al, Sports Med 2016 : 1,6-2,2 g/kg/jour est la fourchette optimale en musculation [2]
- Helms et al, J Int Soc Sports Nutr 2014 : en sèche (déficit calorique), 2-2,4 g/kg préservent mieux le muscle [3]
À 1,8 g/kg/j, les protéines représentent environ 20-25 % des calories totales d’un sportif. C’est élevé, mais physiologique.
L’effet « seuil » : étalez sur la journée
Une grosse erreur fréquente : avaler 100 g de protéines en un seul repas le soir.
La synthèse protéique musculaire (MPS) est stimulée par un seuil d’environ 20-40 g de protéines à acide aminés essentiels élevés (avec ~3 g de leucine). Au-delà de 40 g par prise, la stimulation est sous-optimale ou plafonne.
Stratégie efficace : répartir l’apport sur 4 prises de 20-40 g dans la journée [4]. Exemple pour 120 g/jour :
- Petit-déjeuner : 30 g
- Déjeuner : 35 g
- Snack/collation : 25 g
- Dîner : 30 g
C’est démontré comme plus efficace que 50 g matin + 70 g soir pour la même quantité totale.
Sources : combien dans quoi ?
Pour atteindre 100-150 g/jour, voici les portions standards :
| Aliment | Quantité | Protéines |
|---|---|---|
| Poulet (filet) | 100 g cuit | 28 g |
| Bœuf maigre (5%) | 100 g cuit | 28 g |
| Saumon | 100 g cuit | 22 g |
| Sardines (en conserve) | 1 boîte (90 g) | 22 g |
| Œufs | 2 entiers | 12-13 g |
| Œuf (blanc seul) | 1 blanc | 4 g |
| Yaourt grec | 200 g | 18 g |
| Fromage blanc 0 % | 200 g | 14 g |
| Skyr | 150 g | 17 g |
| Comté/parmesan | 30 g | 10 g |
| Lentilles cuites | 200 g | 18 g |
| Pois chiches cuits | 200 g | 16 g |
| Tofu ferme | 150 g | 22 g |
| Tempeh | 150 g | 28 g |
| Quinoa cuit | 200 g | 8 g |
| Whey isolate | 30 g de poudre | 24-26 g |
| Caséine | 30 g de poudre | 22-24 g |
| Protéines végétales en poudre | 30 g | 20-24 g |
Whey ou pas whey ?
La whey (poudre de protéine de lactosérum) est utile si vous avez du mal à atteindre votre cible par l’alimentation seule. Mais elle n’est pas magique : 30 g de whey = 30 g de blanc de poulet, environ.
Quand c’est pertinent :
- Sportif avec besoin élevé (>1,8 g/kg/j) qui peine à manger autant
- Petite faim post-entraînement (quand préparer un repas est compliqué)
- Petit-déjeuner pratique (smoothie whey + fruits + flocons d’avoine)
Quand c’est inutile :
- Sédentaire à 0,8 g/kg : un yaourt suffit
- Personne qui mange 3 repas équilibrés et atteint sa cible
Marques sérieuses :
- Whey Nutrimuscle — qualité pharmaceutique, sans édulcorants
- Whey isolate Nutri&Co — formulation française
- MyProtein Impact Whey — bon rapport qualité/prix
Végétal : pois + riz — profil acides aminés complet, sans lactose.
Trop de protéines : danger ?
L’idée que « trop de protéines abîme les reins » est un mythe persistant pour les personnes en bonne santé. Aucune étude n’a démontré d’effet rénal délétère chez l’adulte sain à 2-2,5 g/kg/jour [5].
Cas où la modération s’impose :
- Insuffisance rénale chronique : restriction protéique ajustée par néphrologue
- Goutte chronique sévère : limiter purines (pas seulement protéines)
- Calculs rénaux uriques : pareil
Pour la majorité des gens, vous pouvez monter à 2-2,2 g/kg sans danger. Au-delà : pas de bénéfice prouvé, et compliqué à manger.
En pratique : votre protocole
Sédentaire (1 g/kg/j) — 70 g pour 70 kg
Petit-déjeuner : 1 yaourt grec (18 g) + flocons d’avoine + amandes — 22 g
Déjeuner : Salade composée + 100 g de blanc de poulet — 30 g
Dîner : 1 boîte de sardines + lentilles + légumes — 30 g
Total : ~82 g — facile.
Musculation (1,8 g/kg/j) — 126 g pour 70 kg
Petit-déjeuner : 3 œufs + skyr 150 g + flocons d’avoine — 35 g
Déjeuner : 150 g de poulet + riz complet + brocolis — 42 g
Snack post-entraînement : 30 g de whey + banane — 26 g
Dîner : 130 g de saumon + pommes de terre + salade — 30 g
Total : ~133 g.
Sèche (2,2 g/kg/j) — 154 g pour 70 kg
Petit-déjeuner : 4 blancs d’œufs + 1 entier + skyr 200 g — 38 g
Déjeuner : 150 g de poulet + quinoa + brocolis — 42 g
Snack : 30 g de whey + 1 fruit — 26 g
Dîner : 1 boîte de thon + 100 g de blanc de poulet + salade — 45 g
Total : ~151 g.
Les pièges à éviter
- Compter le poids cru au lieu du cuit : 100 g de poulet cru ≠ 100 g cuit. Standardisez (en général : poids cuit pour les protéines animales).
- Penser que 2 cuillères de whey suffisent à compenser un mauvais régime : la whey est un complément, pas un remplaçant.
- Tout mettre dans le repas du soir : étalez sur la journée pour stimulation MPS optimale.
- Confondre poids du produit et protéines pures : 100 g de jambon ne fait pas 100 g de protéines (~22 g seulement).
- Croire qu’un menu végétarien ne peut pas atteindre 1,8 g/kg : si, avec tofu, tempeh, légumineuses, whey végétale, c’est tout à fait faisable. Voir protéines végétales.
- Oublier les calories totales en sèche : prendre 2,4 g/kg de protéines mais maintenir un excès calorique = pas de perte de gras.
- Surdoser les protéines en pensant que ça brûle plus : effet thermique des protéines = ~25-30 % vs 5-10 % pour glucides/lipides. C’est un avantage modeste, pas une stratégie magique.
Quand consulter
- Insuffisance rénale (créatinine élevée, DFG <60) : protéines à adapter, suivi néphrologique
- Calculs rénaux uriques récidivants : bilan métabolique, modulation des protéines
- Goutte chronique : avis médical sur les sources (limiter abats, charcuteries, alcool)
- Sportif avec performance qui chute malgré apport : possibles troubles digestifs ou autres facteurs (sommeil, surentraînement)
- Femme enceinte/allaitante avec régime particulier : suivi par diététicien-nutritionniste
- Enfants/adolescents : suivi pédiatrique, ne pas appliquer les doses « sportif adulte »
- Diabète : timing des apports protéiques peut être ajusté pour la glycémie
En résumé
Pour la majorité des gens :
- Sédentaire : 1 g/kg/jour est largement suffisant (souvent atteint sans effort)
- Sportif loisir : 1,2-1,4 g/kg/jour
- Musculation sérieuse : 1,6-2,2 g/kg/jour
- Sèche : 1,8-2,4 g/kg/jour pour préserver le muscle
- Senior : 1,2-1,5 g/kg/jour pour prévenir la sarcopénie
Étalez sur 4 prises de 20-40 g, privilégiez des sources de qualité (animales et végétales mixées), et n’oubliez pas que les calories totales et le sommeil comptent autant que les protéines pour vos résultats.
Sources
[1] Morton RW et al. A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass. Br J Sports Med. 2018;52(6):376-384. PubMed
[2] Phillips SM, Van Loon LJ. Dietary protein for athletes: from requirements to optimum adaptation. J Sports Sci. 2011;29(Suppl 1):S29-38. PubMed
[3] Helms ER et al. A systematic review of dietary protein during caloric restriction in resistance trained lean athletes. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2014;24(2):127-38. PubMed
[4] Schoenfeld BJ, Aragon AA. How much protein can the body use in a single meal for muscle-building? J Int Soc Sports Nutr. 2018;15:10. PubMed
[5] Devries MC et al. Changes in Kidney Function Do Not Differ between Healthy Adults Consuming Higher- Compared with Lower- or Normal-Protein Diets. J Nutr. 2018;148(11):1760-1775. PubMed
[6] ANSES. Apports nutritionnels conseillés en protéines. 2023. anses.fr
Disclaimer : cet article a une vocation informative. En cas d’insuffisance rénale, de pathologie chronique ou si vous êtes enceinte ou allaitante, demandez l’avis d’un professionnel avant de modifier significativement vos apports protéiques.